ART by Nathalie Junod Ponsard
Au sein de la Grande Halle de La Villette et de ses structures métalliques grises, cette installation sculpturale réagit à la mémoire du site actuellement un lieu de culture, autrefois une halle aux bœufs. Incarnant les concepts de torsion, d’enveloppement et de suspension la plate-forme centrale se voit dotée d’une installation diaphane suscitant d’étonnantes substances dans un nouveau corps. L’installation aborde le sang comme fil rouge.
En suspension, l’œuvre "Mutation sanguine" s’inscrit dans le lieu en se déversant de manière zénithale en vagues et drapés transparents ou translucides, comme un instant en apesanteur, révélant la sensation de torsion. La couleur rouge-sang enveloppe le « corps » suspendu, le rose cosmétique qui l’accompagne suscite la chair. Légèrement sonore, l’œuvre s’anime. L’air en mouvement déploie des crépitations régulières dans une immersion spécifique. Et se propage à travers les structures.
La lumière sur la matière de la sculpture tourmentée en révèle des brillances, des éclats insaisissables, des chromatiques écarlates saturées et transparentes. L’œil imprègne, le corps s’immerge. Tout au long de la journée la lumière se déplaçant des bandes teintées de rouge puis de rose se déversent et projettent successivement leur ombre écarlate sur le blanc immaculé du sol.
L’œuvre "Mutation sanguine" s’inspire de l’esthétique baroque et de l’émanation d’un corps flottant comme dans certaines fresques de plafond du 16ème. De la chute de corps à la chute d’objet, cette notion est présente dans les œuvres plus contemporaines de certains artistes, chez Yves Klein (‘Le Saut’), Marcel Duchamp, Ai WeiWei (chutes d’objets), ainsi dans les performances de Chris Burden.
Le rouge comme un champ magnétique est un geste de fusion ou de transfert. La Grande Halle de La Villette reçoit ces résonances persistantes d’un lieu autrefois rempli de corps animés et de carcasses, comme une mémoire suspendue en son sein.
