Christopher Dyvik : “Nous nous basons toujours étroitement sur le contexte"
Date de parution : 16.09.2025
Michiel van Raaij, rédacteur en chef Architectenweb
À première vue, les projets de Dyvik Kahlen Architects peuvent sembler élémentaires. Et c’est une de leurs forces parce qu’en réalité, ils sont ultra travaillés et offrent une expérience spatiale étonnamment riche. Le bureau est actif dans toute l’Europe. Et notamment aux Pays-Bas, où il vient d’achever une série de réalisations pour le domaine de Klingelbeek, à Arnhem, et travaille actuellement sur le projet De Nieuwe Stad à Amersfoort. Le vendredi 31 octobre 2025 à 13h, l’architecte Christopher Dyvik animera une conférence dans le cadre d’ARCHITECT@WORK, au Kromhouthal, à Amsterdam-Nord. Architectenweb s’est entretenu avec lui.


“Pour nous, le contexte est essentiel. Et cette sensibilité particulière tient sans doute à nos parcours : j’ai grandi en Norvège, mon partenaire en Allemagne, nous avons fondé notre bureau à Londres, et nous travaillons aujourd’hui depuis Porto (Portugal) et Palma (Espagne). Que ce soit à Londres, à Porto ou à Palma, nous nous sentons à la fois chez nous et étrangers. Cela nous a donné, je pense, un regard différent sur les contextes où nous intervenons et sur notre manière d’interagir avec eux. Peut-être est-ce ce qui nous distingue : notre capacité à aborder un lieu avec un œil neuf, sans a priori.”
“Au domaine de Klingelbeek à Arnhem, le défi majeur était d’ajouter plusieurs immeubles résidentiels dans un parc qui existait déjà, sans le morceler en parcelles indépendantes. Nous voulions préserver l’unité du paysage, et en faire un ensemble agréable et cohérent où tout le monde puisse se déplacer librement, les habitants comme les visiteurs", explique Christopher Dyvik. “Nous avons donc regroupé différents types de logements dans des volumes simples, où les espaces extérieurs ne ressortent pas mais sont intégrés sous forme de patios et de loggias. La limite entre le bâti et la nature, entre le privé et le public, est clairement marquée. Et cela fonctionne très bien ici.”

“L’ancien manoir, au centre du domaine, se compose d’une enfilade de vastes pièces aux hauteurs généreuses, se prêtant à de nombreux usages et possibilités d’agencement. Nous nous sommes inspirés de ces qualités pour concevoir les immeubles alentour. Nous avons évité au maximum les couloirs et conçu les espaces sans trop rigidifier leur fonction. Les plans ont été volontairement simplifiés pour permettre des utilisations variées.”
“Le jardin du domaine a toujours eu plusieurs parties — un potager, un grand étang, la cour devant le manoir — et nous les avons transposées dans les différents environnements d’habitation. À l’est, les logements s’organisent autour de l’ancien potager ; au centre, ils longent le manoir de part et d’autre ; et un bâtiment solitaire plus élevé se dresse à l’ouest, entre les arbres. Nous voulions que ce “cube” ait quatre façades équivalentes, et nous avons aussi examiné comment offrir aux habitants la sensation de vivre véritablement dans le jardin. Grâce à un balcon généreux courant sur tout le pourtour, chaque appartement s’ouvre sur l’espace vert environnant, permettant de circuler d’une pièce à l’autre par l’extérieur. Nous avons ainsi créé une sorte d’hybride entre maison avec jardin et appartement.”
L’immeuble est légèrement surélevé pour permettre le stationnement en dessous. “Nous ne voulions pas dissimuler le parking. Grâce à cette solution, la nature reste omniprésente, même en entrant ou en sortant de voiture. C’est une qualité rare pour un parking.”


La forme cubique de l’immeuble et la façon dont il s'intègre dans le paysage sont devenus une référence dans le domaine de l’architecture aux Pays-Bas, un exemple de cohabitation parfaitement réussie entre densification urbaine et développement de la nature. Une grande source de fierté pour Christopher, dont il attribue le succès à la simplicité de l’architecture, à la générosité des espaces intérieurs et à la richesse du cadre naturel. Pour l’équipe d’architectes aussi, le projet fait figure de référence, même si Christopher insiste : le paysage d’Arnhem est unique. “La symbiose entre nature et habitat que l’on voit ici, nous y aspirons aussi dans d’autres projets, mais chaque site demande une approche unique et une réponse qui lui est propre.”
Au cœur du domaine de Klingelbeek, Dyvik Kahlen Architects a également conçu une villa tout à fait singulière, même si cela ne se devine pas de l’extérieur. “La villa suit une structure quasi palladienne, composée de neuf pièces identiques, dont celle au centre a été transformée en patio. Le système de demi-niveaux et de petits escaliers entourant le patio fait de la circulation une véritable aventure. Chaque pièce a une relation différente avec le paysage et avec les autres pièces. Nous avons réalisé cette villa dans son ensemble, y compris l’intérieur : la cuisine, l’éclairage, les placards – tout. Les espaces sont polyvalents : en un sens, chaque pièce est identique, mais le mobilier leur confère une fonction et une ambiance tout en subtilité.”
“Lors de la conception, la complexité spatiale de la villa était difficile à évaluer à partir de simples plans ou maquettes”, raconte Christopher. “La réalité virtuelle (RV) nous a été d’une aide précieuse, nous permettant d’explorer et éprouver les espaces à l’échelle 1:1. Nous y avons aussi largement recouru pour visualiser l’aménagement du domaine, et juger la manière dont les bâtiments s’inséraient les uns par rapport aux autres dans le paysage.”
Immeuble résidentiel triangulaire pour De Nieuwe Stad
À la demande du même maître d’ouvrage, Schipper Bosch, Dyvik Kahlen Architects développe également un immeuble résidentiel triangulaire dans le cadre du projet urbain De Nieuwe Stad, à Amersfoort. Le cadre spatial de ce projet de densification dans une ancienne usine de dentifrice a été établi par ZUS. “Ensuite, plusieurs autres parties ont contribué au projet, et nous sommes intervenus dans la dernière phase, pour l’affinage des volumes bâtis. Aujourd’hui, nous développons l’un de ces bâtiments sur le terrain : un immeuble résidentiel triangulaire.”


“Cette forme a été choisie en raison des contraintes du site, liées notamment à l’ensoleillement et à l’intimité. Cela donne un bâtiment très intéressant, qui paraît long d’un côté, plus court d’un autre, et très « aigu » selon certains angles. Depuis les berges de l’Eem, l’immeuble incarne en quelque sorte l’enseigne du nouveau quartier. La façade côté rivière aura donc un cachet industriel, pour rappeler l’histoire du site.”
Les autres façades seront habillées de longs balcons agrémentés de plantations hautes et basses. “De Nieuwe Stad est un projet de construction assez dense, et cette végétation permettra d’apporter malgré tout un peu de vert dans le cadre de vie.”

Logements sociaux à Paris
Dyvik Kahlen Architects travaille partout en Europe, que ce soit pour des projets architecturaux et urbains ou encore des intérieurs, des expositions, voire du mobilier.
Le bureau a notamment récemment remporté, au sein d’une équipe plus large, le concours pour la conception d’un nouveau quartier résidentiel à Paris, dont on lui a confié le projet de logements sociaux. “Dans ce projet, nous voulons donner une nouvelle interprétation à la conception en coursives. Malgré sa mauvaise réputation acquise par le passé, nous pensons qu’utilisée intelligemment, elle peut être très intéressante. Cela permet de concevoir des appartements bénéficiant de lumière naturelle sur deux côtés, et d’aménager des espaces extérieurs propices aux rencontres entre voisins.”

